Les sans-dieu et la tradition

Aujourd’hui, je me suis demandé (de nouveau) si un athée doit être un technocrate positiviste, ou un traditionaliste?

Je me suis rendu compte de trois idées intéressantes.

La première, c’est la défense chrétienne de la société traditionnelle contre les changements inorganiques et radicaux (les seuls contres lesquels un traditionaliste s’oppose dans tous les cas). Oui, on vit dans une société où existent des centaines de définitions de la démocratie et de la liberté, mais le chrétien ne doit pas se soumettre au modernisme – tout comme il ne doit pas soumettre son christianisme au traditionalisme. Ce que je veux parler, c’est que le libéralisme, issu des penseurs déistes des Lumières, renie la spiritualité comme vie de l’homme en tant que créé en l’image de Dieu. Et le chrétien  croit précisément en ça: “Car la nature spirituelle, comme la nature corporelle, sera servie; refusez-lui la nourriture et il avalera du poison.” (C. S. Lewis)

C’est ici que la culture positiviste nous offre son remède, pareille que celle du marxisme. Notamment, le corps est la seule chose qui existe, donc tout plaisir spirituel se réduit, d’une façon ou d’une autre, aux sens physiques. Et pourtant, les gens ont toujours ces besoins, et le réductionnisme ne fait que continuer avec son “la science le découvrira un jour.”

Stephan Zweig (trouvé par hasard sur l’internet) avait dit:

« Le dix-neuvième siècle, avec son idéalisme libéral, était sincèrement convaincu qu’il se trouvait sur la route droite qui mène infailliblement au ‘meilleur des mondes possibles’. On ne considérait qu’avec dédain les époques révolues, avec leurs guerres, leurs famines et leurs révoltes, on jugeait que l’humanité, faute d’être suffisamment éclairée, n’y avait pas atteint la majorité… cette foi en un « Progrès » fatal et continu avait en ce temps là toute la force d’une religion. Déjà l’on croyait en ce « Progrès » plus qu’en la Bible et cet évangile semblait irréfutablement démontré par les merveilles sans cesse renouvelées de la science et de la technique ».

Rod Dreher avait dit“[enseignez à vos enfants] à chercher des réponses dans juste un – un seul – ensemble particulier de contes folkloriques d’Age industriel.”

Deuxièmement, dans quel camp doit aller l’athée? Partir des humanistes, passer par les libertins, les libéraux, pour finir progressiste positiviste, ou tenir à l’une seule chose stable dans la société – la tradition des ancêtres?

La majorité des laïques, dès le début de la pensée laïque, sont des progressistes, dans le premier camp. Pendant les Lumières, des philosophes comme Rousseau Voltaire, avaient l’idée de changer le monde radicalement selon un idéal. D’où leur nom historique de radicaux.

Sachant que le bien-être corporel de soi-même (il inclut le spirituel, c’est le cas du réductionnisme), c’est le bien suprême, l’athée doit savoir partir dans deux chemins. Ici, je creuse dans les idées de C. S. Lewis dans Les fondements du christianisme. L’athée gamin, progressiste et positiviste, (comme les gens qui s’achètent de la pornographie par exemple, et qui sont des consommateurs par excellence) partira avec son rêve utopique de créer une technologie qui supprimera la douleur et augmentera le plaisir des sens. Il va donc soutenir la science comme l’outil suprême de la société. Il perdra, bien sur, sa vie dans ce rêve, le rêve pas réalisé, la vie donnée pour rien. L’athée sage il va, même s’il ne comprend pas ce mystère dont les religieux appellent la spiritualité, vivre une vie saine, gardant la modération dans tout. Jusqu’à ici, c’est bon. Il faut garder le culte de soi modéré pour ne pas tomber dans la débauche du premier, maitriser ses passions, et ne rendre culte qu’à soi, pas à un idéal (par ex. le marxisme, aussi positiviste par excellence).

La tradition ne trouve ses racines dans l’homme comme centre (l’humanisme date de la Renaissance au plus tôt, un athée moderne ne peut pas ressentir ce que les grands poètes des sociétés théocentriques ressentaient depuis l’Antiquité). Mais c’est dans les cultures religieuses qu’est la tradition, c’est donc l’expérience humaine sur laquelle nous nous appuyons tous. Et si ce n’était pas le libéralisme, on aurait encore sur quoi s’appuyer. C’est la sagesse des anciens, trop souvent ignorée par les positivistes. Lisez juste un peu ce que les grands ascètes chrétien s (comme Saint Siméon le Nouveau Théologien, par ex.) et vous trouveriez une énorme quantité de savoir sur la psychologie de l’homme. Et ceci date, bien sur, des temps de la superstition. Non, en faite, la superstition, c’est de croire aux arguments émotionnels des philosophes des Lumières, remplis de haine contre le christianisme.

Vous voyez, le libéralisme tire ses origine des philosophes laïques des Lumières, eux-mêmes successeurs des libertins (dans la pensée autant que dans la vie). C’est un rêve utopique de liberté en surabondance, pas pire que le traditionalisme, mais juste pas réaliste. Le slogan selon laquelle les  chrétien s basent leur définition de l’homme, c’est qu’il est créé en l’image de Dieu, mais autant aussi qu’il est une créature déchue et corruptible. Ça ne sert à rien de rendre la réalité plus rose que ce qu’elle est.

Donc, l’athée sage, c’est le traditionnaliste, celui qui ne perd pas son temps dans le positivisme. Vous me demanderiez, la majorité des athées aujourd’hui sont dans cette catégorie et l’ont toujours été, pourquoi alors je les appelle des traditionnalistes ? Parce qu’ils ne sont pas les radicaux qui sont montées au pouvoir pour la première fois après la révolution française. Parce que le libéralisme, c’est la recherche a une révolution bourgeoise. Le libéralisme, c’est un pas nécessaire pour concentrer le capital quelque part, pour que les ouvriers se révoltent –  c’est ce que pensait Marx, et en ceci, je vois que la fille du libéralisme, c’est le marxisme, non pas l’alternative, mais un système palliatif. Le traditionalisme de la majorité des athées, c’est juste quand on vit par la tradition (modérément, mais sans un changement organique, sauf si on entre dans la débauche) mais quand on ne vote pas pour elle. Comme aujourd’hui, avec le fascisme, la tradition est empêchée de parler par un cordon sanitaire.

Troisièmement, mesdames et messieurs, je vais me contredire. Quand je vous ai parlé d’athées traditionnalistes, et s’ils existent, j’ai cachée quelque chose. L’athéisme n’a pas donnée naissance au positivisme et au libertinisme, mais au contraire, l’athéisme trouve sa naissance dans l’anthropocentrisme – l’idée de donner une liberté à l’homme dans son mode de vie, l’a amené  à finalement être obligé d’abandonner Dieu. Si vous voulez me comprendre, lisez la légende du Grand Inquisiteur de Dostoïevski. L’homme, par peur de ne pas avoir le Salut de son âme par la grâce de Dieu, la cherche par lui-même, ici, sur terre.

Donc, en effet, les athées, au contraire de leurs ancêtres chrétiens, juifs, musulmans, hindous, bouddhistes, animistes, etc., font, d’une façon inhérente, partie du projet du Progrès et de l’anthropocentrisme. Ainsi sont les « hérésies » politico-socio-économico-historico-psycho-philo-théologiques du libéralisme et du Marxisme et de leurs enfants et petits-enfants.

Etre athée, c’est le contraire d’être terre-à-terre, et encore plus – d’être proche de ses racines. Donc trop peu seront les athées réactionnaires qui finalement préféreront la société chrétien ne à la société libérale (donc, libérée de Dieu). Quel athée voudra vivre dans une société où Dieu est le monarque absolu ? Il y en a quelques uns, ils ont lu assez d’histoire pour voir que c’est la seule manière de fonder l’ordre social.

Mais, historiquement, quel radical ne voudra, finalement, pas devenir athée ? D’abord par intérêt personnel, puis pour rendre ses convictions et ses calculs plausibles… ?

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