Problème avec le modernisme – esthétique ou éthique ?

Dans un de mes postes d’il y a une semaine, j’ai écrit que l’idée moderniste que toute beauté est subjective est une idée fausse et tirée d’un freudisme extrême.

Avant que je réponde à la question si l’art moderniste peut être beau et pourquoi je m’y oppose, je vous conseille fortement de lire un extrait d’Edmund Burke. Ici, Burke sur le Sublime:

“Tout ce qui est propre à susciter d’une manière quelconque les idées de douleur et de danger, c’est-à-dire tout ce qui est d’une certaine manière terrible, tout ce qui traite d’objets terribles ou agit de façon analogue à la terreur, et source de sublime, c’est-à-dire capable de produire la plus forte émotion que l’esprit soit capable de ressentir. […]

Lorsque le danger ou la douleur serrent de trop près, ils ne peuvent donner aucun délice et sont simplement terribles ; mais, à distance, et avec certaines modifications, ils peuvent être délicieux et ils le sont, comme nous en faisons journellement l’expérience.”

— Edmund Burke, Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, Partie I, Section VII

Voila le livre entier sur Google Books.

Edmund Burke était parmi les premiers philosophes des temps modernes à entrer aussi profondément dans le domaine de l’esthétique (le terme pas encore existant à son époque).

Maintenant, première question – l’art moderniste peut-il être beau ?
Oui, il peut, une peinture moderniste peut être belle, bien sur.

Deuxième question – pourquoi s’opposer aux suppositions des modernistes, et ainsi au modernisme ?

Pour arriver à cela, j’aborderai d’abord la différence entre l’admiration, le goût et la morale vis-à-vis un œuvre.

  1. On admire la beauté. La beauté inspire en l’homme, généralement, des sentiments d’admiration. Les modernistes font de l’art pour qu’il plaise à nos sens, car l’art arrive souvent à produire cet effet. Mais toutes les traditions avant l’art moderne cherchaient autre chose, belle ou sublime, triste ou heureuse, ou l’absolu, et en représentant ce qu’ils cherchaient, ils produisaient une belle œuvre. Cela est indépendant du goût et de la morale.
  2. On préfère ce qui est de notre goût. On a tendance à préférer un certain type d’art, et moins un autre type. Un de Vinci peut plaire à mes sens autant qu’un Michel-Ange, et pourtant que je ne cherche jamais à regarder des Michel-Ange tout en étant passionnée par de Vinci. Cela est quelque peu lié aux types d’objets beau que l’on préfère voir fréquemment, et quelque peu lié à la question si l’œuvre “corrompt la jeunesse” ou pas.
  3. On juge décent ou pas quelque chose que l’on trouve immoral. Une belle œuvre peut corrompre la jeunesse, tout comme une œuvre pas belle peut inspirer le courage et l’honnêteté, par exemple. C’est pour cela que ce sont les critiques et le publique qui doivent créer un cordon sanitaire autour de tout ce qui, beau ou pas, corrompt la jeunesse. Que l’état le fasse, c’est dangereux. Les oppositions académiques au modernisme étaient plutôt à juger l’esthétique, et non pas l’éthique.

Est-ce nécessaire donc de s’opposer au modernisme et au post-modernisme ? Si on trouve que cela crée une jeunesse rebelle, impulsive et indécente, oui !

L’art médiéval était fait pour représenter quelque chose de plus profond. L’art de la Renaissance avait comme but de représenter la réalité dans tous les détails possibles, tout en racontant des histoires à travers les images. Le modernisme, il est sous les influences du radicalisme idéologique – enraciner tout pour le recommencer de nouveau, jouer donc non pas sur le contenu mais sur les formes, les matériaux, le décor. Dans son centre, c’est la subversion, l’attaque contre la culture-même de l’homme. Le libéralisme nous dit que Dieu est juste pour le domaine privé, le réalisme – il essaye de construire une réalité dans laquelle il n’y a pas de Dieu qui se révèle, et le modernisme nous fait vivre dans une réalité dans laquelle l’homme ne connait pas mais qui sent – et ses cinq sens, ses instruments uniques, ne ressentent pas Dieu.

L’art moderniste a crée des générations de jeunesse rebelle, propage le mythe que l’homme moderne est plus sage que l’homme ancien, essaye de centrer l’homme sur ses cinq sens et lui dire qu’il est le produit de ses cinq sens, et par conséquent doit être opposé, en tant qu’idéologie, par tout homme qui ne croit pas en ceci et qui croit en les bases autoritaires de l’humanité (inclus sa culture). Pas de valeur éternelle, pas d’absolu, juste la beauté à plaire aux yeux, de l’art pour de l’art. Ce n’est pas un manque de beauté, le modernisme, c’est du nihilisme, de l’athéisme et du freudisme caché derrière elle.

L’expérience littéraire guérit la blessure de l’individualité, sans porter atteinte au privilège [de ceci]. Il y a des émotions de masse qui guérissent la blessure, mais ils détruisent le privilège. En elles, [chacun de] nous-mêmes séparément sommes mis en commun et nous replongeons dans la sous-individualité. Mais en lisant la grande littérature, je deviens un millier d’hommes et pourtant je reste moi-même. Comme le ciel de la nuit dans le poème grec, je vois avec une myriade d’yeux, mais c’est encore moi qui vois. Ici, comme dans le culte, dans l’amour, dans l’action morale, et en sachant, je me transcends, et ne suis jamais plus moi-même que quand je fais ceci.
— C. S. Lewis, An Experiment in Criticism, 1961

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