Une défense du sens commun contre la modernité

Un des principes fondamentaux de l’Université Libre de Bruxelles, depuis sa création un des centres de l’anticléricalisme en Europe, est le libre examen et son rejet de l’argument d’autorité.

Ceci me fait penser aux bonnes intentions derrière ce principe. C’est inutile d’obscurcir la science, je suis tout à fait d’accord. Néanmoins, si nous appliquons ce principe, la science devient une fin en soi. Or le libéralisme voit la science tant qu’un moyen d’augmenter le bien-être de l’homme, et dont le bien-être de l’homme devient une fin en soi. Le grand problème, c’est que la personne qui rejette l’autorité, finit par embrasser l’arbitraire.

Appliquez pour un instant le principe reductio ad absurdum sur le principe du rejet de l’argument d’autorité – rejeter l’autorité du clergé,  des Peres de l’Eglise, de la Bible, … Ceci continue avec l’obscurantisme des humanistes, qui lisaient un nombre de sources très limitée. Le rejet de l’autorité des cinq sens tant qu’outil de connaitre la vérité absolue – ceci vient de Kant. En effet, nous devons présumer que le monde externe existe et qu’il n’est pas un produit de mon imagination ; nous devons aussi présumer que le passé a existé, et qu’il n’a pas été « mis » dans ma tête il y a quelques instants. Je n’irai pas dire aux laïques qu’ils doivent rejeter la raison, c’est trop facile (et trop facile à réfuter).

J’irai leur dire plutôt que l’autorité doit exister – par exemple, leur principe n’est pas applicable dans la politique. On doit croire dans une essence qui existe réellement – l’amour c’est bien, la famille c’est bien, etc. Quel amour est bon, et lequel et trop faible ? etc.

Ils commencent avec la science et l’économie et finissent avec un programme politique libéral. Ce programme se dit neutre, mais ceci n’est pas vrai. Un chrétien doit voir que sa politique doit être 100% d’accord avec sa foi – avec l’orthodoxie théologique. Or le libéralisme a comme un de ses fondements l’idée de la tabula rasa – la table rase. Or, c’est à partir de ce principe que les libéraux déduisent (et c’est ici que je fais une différence entre la révolte protestante et la révolte des Lumières) que l’homme peut tout seul déterminer son identité. Le christianisme a toujours enseigné que l’homme a été parfait mais ne l’est plus. Il a abusé de son libre arbitre et est maintenant faillible et corrompu.

La majorité de la population avait préservé cette croyance jusqu’au XXe siècle. Mais les politiques libéraux (sur le continent) et whig (en Angleterre, et leurs héritiers les pères-fondateurs des USA) ont gouverné de plus en plus tant que majorité, et l’intelligentsia occidentale, se piquant de la philosophie des Lumières et détestant au-delà de la raison le christianisme et l’Eglise, a embrassé cette idéologie athée.

Donc, la laïcité est tout sauf neutre. Elle ne tire pas ses origines du christianisme, et si on devait tirer de l’orthodoxie théologique chrétienne un principe ou une approche vers la société, ce ne serait pas celui-ci. Ce n’était donc clairement pas une démocratie – un peuple chrétien, un gouvernement non-chrétien (et parfois franc-maçonnique). En tout cas, pas une démocratie qui fonctionne proprement.

Le rejet complet de l’autorité finit dans plusieurs options :

  • Ne pas perdre ma vie en cherchant du pouvoir, mais augmenter mon bien-être jusqu’au maximum. Augmenter le bien-être de ceux qui pourront me rendre le service.
  • Ne pas préserver la liberté de religion et d’expression, mais prendre le pouvoir afin d’augmenter mon bien-être, et établir ceci comme un principe.

C’est ainsi que ce termine le principe de « l’existence précède l’essence ». L’homme n’a pas de nature, d’essence, il est une table rase. L’éthique est précédée par l’existence, et dont je dois trouver le meilleur moyen d’exister pour moi-même. L’éthique devient soumise à l’arbitraire. Le plus fort prend le pouvoir et s’est son bien-être qui s’impose. L’éthique que la connaissance, la scientia, est une fin en soi-même devient soumise à mon bien-être. Donc, tout obscurantisme au nom de mon bien-être, tout comme toute recherche scientifique ayant pour but mon bien est nécessaire.

L’homme a vu le débris comme sacré, car avant c’était un homme qui avait communié le corps du Christ. Puis c’est devenu ridicule de ne pas exercer une recherche sur ce corps juste pour la croyance privée des autres. Puis c’est devenu ridicule de voir comme sacré, comme humain, d’avoir une bonne connaissance. Toute réduction finit par être une reductio ad absurdum de toute valeur, inclus des conditions matérielles (par exemple la préservation de l’existence de l’homme) nécessaires pour pouvoir réduire. Effacer toute essence efface l’existence.

Aujourd’hui, le réductionnisme est encore important – la révolte des jeunes contre leurs parents et contre ce qu’ils tenaient comme sacré. Les jeunes sont si fiers (émotionnellement) qu’ils ont finalement laissé dans le passé tout le non-sens de leurs parents. Mais pourquoi, par hasard, la génération suivante ne regardera pas notre monogamie et notre anti-pédophilie comme un bagage à jeter aussi ? C’est ici que ça devient nécessaire de croire en une essence qui précède l’homme – on a envie de trouver une preuve que c’est mal. Mais on n’en a pas. L’humanité avance, et l’esprit pro-pédophilie et polygamique en est la conséquence logique. L’existence précède l’essence, vous vous rappelez ?

Finalement, l’homme finira par contrôler la science tant qu’un outil de son bien-être. C’est pour ceci que la neuroscience est « impatiente » à devenir capable de contrôler le cerveau (et l’esprit) humain. Et ceci sera la fin de la science. En effet, ce sera l’abolition de l’homme.

Le principe du libre examen, bien sur, défend la science contre ceci. Mais son réductionnisme, son conceptualisme, rend l’essence de la vertu d’aimer la scientia soumise à l’existence. Pas d’existence – pas d’essence. En bref, pour défendre l’amour de la scientia, de la sagesse – philo-sophia, il faut soit la défendre avec la force, soit en reconnaissant une essence en cet amour comme précédant son existence. Et on ne peut pas, dans sa propre conscience, pour son propre jugement intérieur, la défendre avec de la force. Il faut faire un saut de foi pour justifier son amour de la science. Sinon, la science sera détruite par l’amour de son esprit de réduire tout à quelque chose sans essence per se.

Le libéralisme tire ses origines dans un expertement social dans lequel des déistes, des « libres-penseurs » et des unitariens appliquent leur foi en politique. Leur foi qu’à la fin la société surmonterait le christianisme était évidente dans la Terreur de la révolution en France.

Le saut de foi peut venir d’autres raisons – pas seulement par ce besoin de verite, mais par le besoin que la société doit fonctionner  d’une façon stable, basée sur le certain (c.-a.-d. l’expérience des générations) – la société doit encourager l’homme à aimer X et détester Y, et la seule raison c’est pour lui montrer que X est bon et Y est mauvais. Mais ceci est une essence, et donc on doit être soit libéral nier la réalité objective de l’essence, et avoir une société qui n’est pas animale pour ne pas raisonner mais qui n’a plus une raison de raisonner, et aucun objet objectivement aimable ou détestable; soit être traditionaliste et affirmer ce besoin, affirmer que ce n’est pas le plus fort qui a raison. Par conséquent il fera un saut de foi en ce que ses ancêtres croyaient, et il établira un ordre social stable et non-expérimental.

Le sans-Dieu libéral doit donc soit devenir égoïste et se battre pour sa survie dans un monde d’égoïstes, ou soit se suicider. Mais se suicider, c’est mettre fin à la découverte possible d’un Dieu bon, d’une essence qui praecedit essentiam. Donc la recherche de la verite est en elle-même une base pour exister. C’est une essence. On ne peut pas nier que personne jamais ne pourra prouver l’inexistence de Dieu et en même temps dire que l’homme durant la majorité de son histoire a été sous une illusion profonde.

L’homme a toujours cru en une essence. L’étude profonde de l’existence (c’est ce que la science fait) ne peut toucher l’essence. Donc, l’immatériel ne peut être réfuté par la science. C’est le matérialisme qui rejette le matériel, et le matérialisme n’est pas lié à la science – c’est une position métaphysique. C’est les émotions qui poussent l’homme à vouloir être une table rase autodéterminée et de faire un saut de foi dans ceci.

Conclusion – le libre examen ne peut pas être la base de la société. Les professions libérales doivent garder leur place des débuts de la Renaissance et l’intelligentsia ne doit pas décider quelle sera la société, car ceci a déjà été fait dans sa création, et il n’y a point d’autre manière pour elle d’exister, avant que le Royaume de Dieu ne vienne. Si le péché d’Adam n’est pas une véritable révélation, il serait au moins la seule constatation pour préserver l’espèce du monstre du progressisme – l’homme est faible et corrompu, et n’arrive pas à ne pas l’être.

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