Le péché et la personnalité dans les origines des idées politiques

Il y a un moment, j’avais écrit sur la réduction que les marxistes et les sociaux-démocrates font des opinions de leurs opposants. En bref, les marxistes réduisent l’apparition des différentes idéologies à l’intérêt économique des personnes qui professaient ces idéologies. Des sociaux-démocrates (certains ne sont pas d’accord avec ceci aujourd’hui) réduisent les idées de la droite à la personnalité autoritaire.

N’étant pas un rationaliste, ne vous attendez pas à ce que je dis que mes idées sont dépourvues d’intérêt personnel et de subjectivité. Mais je trouve qu’au fond, mon expérience personnelle contredit les accusations des gauchistes. Je n’ai pas changé ni mon statut financier, ni ma personnalité d’une façon radicale depuis 4-5 ans. Pourtant, j’ai été anarchiste, j’ai été communiste, j’ai été chrétien-démocrate de tendances socialistes, avant de connaitre le traditionalisme. Si ma connaissance du traditionalisme n’était pas un procès plutôt lent, j’aurai certainement été répugné par certaines idées traditionalistes ou d’extrême-droite. Je n’étais, bien sur, pas quelqu’un qui reniait l’existence des races ou disant des radicalismes pareils, mais j’étais plutôt conformiste.
Je détestais les Lumières, mais avant de les avoir même connues en histoire, je détestais déjà l’extrême-droite.

Un autre exemple que l’idéologie ne vient pas toujours d’intérêt personnel, c’est le marxisme lui-même – Marx vivait avec un budget plus que suffisant, et pourtant il était pour la « justice sociale » et pour la lutte des classes. Or, le marxisme lui-même ne peut pas être exclu de la catégorie des idéologies. (Sauf peut-être le fait que Marx était révolutionnaire des sa jeunesse, et c’est surtout pendant la jeunesse que la majorité des gens sont tentés par des idées révolutionnaires.)

 

Je trouve que la raison ne doit pas être supprimée comme élément-clef de la civilisation occidentale. Malheureusement, depuis la Renaissance, c’est l’idée d’utiliser la science pas pour devenir plus humain mais pour avoir plus de plaisirs qui domine l’Occident. C’est une idée similaire qui est dans les tètes des gauchistes – l’idée d’utiliser le pouvoir politique pour réaliser ces fins, notamment plaisir et bien-être.

Je pense que plusieurs idéologies existent de la façon à ne pas accepter Dieu. Le rationalisme et l’empirisme en font partie, mais leur origine est la philosophie scolastique, qui avec tort accepte la métaphysique d’Aristote. Mais c’est la raison existentielle de l’athéisme que je regarde ici – l’idée que si on accepte que Dieu est (≈existe), on doit accepter que le malheur sur terre ne soit pas une erreur à éradiquer mais que Dieu la laisse exister pour nous transformer en des saints. Au fond de cet athéisme – l’athéisme qui ne peut pas accepter Dieu tant qu’il y a du mal dans le monde – se trouve… le christianisme ! La souffrance n’est pas en-soi quelque chose de bien, et nous devrons accepter notre propre souffrance pour aider l’autrui – mais si on aime l’autrui, comment accepter et supporter sa propre souffrance ? C’est derrière cette pensée que se cache l’athéisme existentiel – l’athéisme qui sait que c’est impossible de prouver que Dieu est ou qu’il n’est pas, mais que par amour pour son prochain, on n’accepte pas Dieu. C’est un choix existentiel qui ne peut pas tolérer l’inaction, et qui est à l’origine de la compassion des gauchistes pour les pauvres.

A lire – les chapitres Le rebelle, Le Grand Inquisiteur et Le diable dans le roman Les Frères Karamazov de Dostoïevski.

 

Voila, j’espère que mes opposants de la gauche ne se sentiront pas insultés que j’ai appelé leur compassion chrétienne. Mais c’est exactement la culture juive et la culture chrétienne qui ont répandu en Europe et puis le reste de la civilisation l’idée de regarder le pauvre, le malade et le faible comme des humains créés à l’image du Dieu Eternel. « Heureux les affligés, car ils seront consolés! »

C’est pour ceci que je ne soutiens pas l’antisémitisme – car au fond de l’antisémitisme est l’idée (de temps païens) que c’est absurde qu’un peuple faible (les juifs) peut être le peuple de Dieu.

 

Mais, pour retourner là où j’ai commencé – je comprends que derrière mon acceptation de certaines idées se cache une personnalité qui a au moins besoin d’être développée pour pouvoir ne pas réagir émotionnellement à certaines idées. Néanmoins, je trouve que la tradition, la religiosité et le quotidien simpliste de l’homme sont nécessaires pour le plus naturel et meilleur fonctionnement possible de la société humaine. Ce n’est pas le changement que j’oppose  – c’est la suppression des principes éternels selon lesquels on juge si un changement est bon ou pas que j’oppose. C’est avec cette suppression qu’on entre dans le culte du progrès. La société traditionnelle n’a pas été supérieure en tout de la société moderne, comme les monarchies n’ont pas toujours été meilleures que les démocraties – mais en général, le bon modèle qui ne met pas trop de confiance en l’homme, c’est la tradition (à cause de sa sagesse) et la monarchie (à cause de l’humilité « filiale » qu’elle inspire au peuple vis-à-vis le monarque).

Non, je n’ai pas une personnalité autoritaire, j’ai plutôt un caractère qui essaie souvent d’imposer la tolérance et la paix plutôt que la vérité, si je dois être honnête. Mes idées viennent des lectures, des réflexions que je fais, de mon amour pour certaines choses auxquelles je dois de la loyauté. Il n’y a rien d’objectif de dire qu’une chose en-soi ne mérite pas de l’amour – il y a, en ceci, des prémisses empiristes.

Je vis dans une famille typique de notre époque, avec peut-être un peu plus de bon sens que les européens de nos jours, mais cette famille est loin d’être traditionaliste. Elle n’est même pas une famille qui pratique la religion de ses ancêtres.

 

Je ne trouve pas qu’il faut dire que quelqu’un a une telle personnalité ou que un tel statut financier et c’est pour cette raison qu’il pense comme il pense. Ces conditions peuvent créer des dispositions, des tendances, mais pas des idées qui dominent entièrement l’esprit. Faire une étude de la psychologie des gens religieux, c’est OK – tout comme faire une étude de la psychologie des gens qui se positionnent à droite ou à extrême-droite. Mais pourquoi ne pas faire une étude psychologique aussi pour les athées et les gauchistes ?

D’un autre côté, les arguments ad hominem et tu quoque doivent demeurer des arguments fallacieux dans les principes de la logique. Ma personnalité ne réfute pas ma position – on ne peut la réfuter que par la rationalité. Par orgueil, je peux garder ma position même si elle est réfutée – et on ne peut pas forcer l’homme à penser sans faute ni erreur, qu’elle soit intellectuelle ou spirituelle.

Je trouve qu’il y a du vrai que les gens riches et les corporations soutiendront plutôt le néolibéralisme, et ceci par intérêt personnel. Et je trouve que les néolibéraux ne doivent pas renier l’impacte sur la morale publique que les riches ont – via les médias et via la culture moderne. Mais je ne pense pas que les jeunes des années 60s qui auraient vu avec leurs yeux Che Guevara et les horreurs que le marxisme avait fait sur terre auraient eu tellement de courage pour soutenir le gauchisme révolutionnaire – qui justifiait leurs désirs sans limites.

La liberté et l’égalité, la tolérance et la paix, l’individualité et le bien-être, c’est bien – selon la loi naturelle, comme vue par plusieurs civilisations, ils ont leurs valeurs. Mais ils ne doivent pas être au centre ni de la politique, ni du quotidien, ni de la culture.

 

L’orgueil et le péché, se sont des choses entièrement irrationnelles, que l’homme depuis sa chute cherche à justifier, d’une façon ou d’autre. La chair pousse l’homme à  justifier certains, l’égotisme pousse l’homme à justifier quasi tout. Et même la psychanalyse est incapable à débarrasser l’homme du péché – jusqu’à là, tout homme risque d’entrer dans l’excès d’une idée à cause du péché. L’homme est déchu – et le monde qu’il construit ne sera jamais parfait. C’est au gouvernement de laisser l’individu et la famille construire sa propre vie, et de dire au peuple que chacun regarde ses propres affaires. Ce n’est pas en construisant une tour de Babel que l’on se purifie du péché. Seule la grâce de Dieu peut faire ceci. Par simple mesure de sécurité, si notre société est capable d’empêcher les constructeurs d’une tour de Babel, elle doit le faire. A l’individu, c’est de prier pour que Dieu aie pitié de ce qu’ils font – car, en vérité, « ils ne savent ce qu’ils font. »

 

« Car ceux qui ont renié le christianisme et se révoltent contre lui, ceux-là mêmes sont demeurés au fond fidèles à l’image du Christ, car ni leur sagesse ni leur passion n’ont pu créer pour l’homme un modèle qui fût supérieur à celui indiqué autrefois par le Christ. Toute tentative en ce sens a honteusement avorté. » – F. Dostoïevski, Les frères Karamazov

« Le monde moderne n’est pas mauvais ; dans un sens, le monde moderne est trop bon […] Le monde moderne est rempli des anciennes vertus chrétiennes poussées jusqu’à l’absurde. » – G. K. Chesterton, Orthodoxie

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