Les premiers ennemis du mariage et de la famille

On parle souvent de la destruction du mariage par le lobby pro-gay. Je ne contredis pas les gens qui disent ceci – un mariage qui se base sur l’avancement de la science (l’in-vitro) et sur l’adoption pour rendre possible la famille homosexuelle n’est pas l’héritier du mariage tel qu’il était conçu par nos ancêtres et reçu de Dieu comme un remède pour l’homme déchu. Mais je pense qu’il faut retourner bien en arrière pour trouver le début de la première attaque contre le mariage.

 

La philosophie nominaliste, assumée comme vraie dans la pensée de la Renaissance a donné un premier coup au mariage. Ce coup est indirect, mais c’est à partir de la vision nominaliste des choses que l’on a commencé l’individualisme. Le site du Centre Nationale des Ressources Textuelles et Lexicales donne une bonne définition du nominalisme :

Doctrine d’après laquelle les idées générales ou les concepts n’ont d’existence que dans les mots servant à les exprimer.

La constante redéfinition des choses est un produit de cette façon de voir les choses – que ces-derniers n’ont pas d’essence, ou que l’essence des choses n’existe seulement dans nos esprits. Ainsi, le mariage, vu par l’esprit nominaliste de la modernité, n’est qu’une construction sociale, un concept que l’homme s’est créé car celui-ci lui était utile. Les marxistes attaquent son exclusion des homosexuels, les libéraux – la manque de droits dans le couple basés sur le consentement individuel. Et pourquoi ne pas changer cette construction sociale ?

 

Le couple marié est l’union d’un homme et une femme en une seule chaire. C’est deux individus qui partagent leur être tout au long de leur vie terrestre. Ainsi, ceci est plus fort que juste deux individus qui s’aiment et qui cohabitent – ils partagent leurs vies. Louis de Bonald, qui a écrit en décence du mariage et contre le divorce, écrit « Le mariage est l’engagement que prennent deux personnes de différent sexe, de s’unir pour former une société appelée famille. » Je vais, dans cet article, faire quelques références à son texte Du divorce considéré au XIXe siècle relativement à l’état domestique et à l’état public de la société.

Avec la Renaissance et surtout les Lumières, l’esprit de l’individualisme devient de plus en plus populaire dans les milieux des penseurs. Le site mentionné en-haut définit l’individualisme ainsi :

Toute théorie ou tendance qui fait prévaloir l’individu sur toutes les autres formes de réalité, et qui lui décerne le plus haut degré de valeur.

John Locke parle de l’individu naissant une table rase, sans essence, et adhère à l’idée du contrat social. En bref, on voit l’individu comme faisant un contrat avec l’Etat pour pouvoir être protégé. A l’époque, on pensait que l’Etat était basé sur un « contrat », et non pas un fruit naturel de l’évolution de la société – une tête pour le corps.

L’individualisme pousse les gens à regarder aux choses toujours comme si l’individu est une île isolée, pas influencé par les autres. Ainsi, si la société est comme une famille, mais dans une plus grande échelle (un ensemble de familles, de la même façon que l’organisme est un ensemble d’organes).

Ainsi, pourquoi ne pas traiter la famille aussi comme un contrat ? Louis de Bonald écrit :

Le divorce n’est toléré, chez des peuples commerçants, que parce qu’ils se représentent la société domestique, et même la société politique, comme une association de commerce, un contrat social. Ce n’est qu’un jeu de mots, dont la plus légère attention suffit pour dissiper l’illusion.

(…)

Le mariage n’est donc pas un contrat ordinaire, puisqu’en le résiliant, les deux parties ne peuvent se remettre au même état où elles étaient avant de le former. Je dis plus : et si le contrat est volontaire lors de sa formation, il peut ne plus l’être, et ne l’est presque jamais lors de sa résiliation, puisque celle des deux parties qui a manifesté le désir de la dissoudre, ôte à l’autre toute liberté de s’y refuser, et n’a que trop de moyens de forcer son consentement.

Ainsi, Bonald assume que l’homme n’est pas sans essence – il change dans ses relations avec les autres. Les poètes qui écrivent sur l’amour, même les romantiques qui parlaient de l’amour d’une façon libertine, parlent que la femme laisse une marque sur le cœur. Si le simple état d’être amoureux change l’homme et le rend ouvert au couteau de l’amour, combien de centaines de fois plus fort est l’effet du mariage dans toute une mode de vie quotidienne ?!

Il faut aussi remarquer que libéral et bourgeois, ça va ensemble. Selon Marx, la Révolution de 1789 est une révolution « bourgeoise », et il a partiellement raison de faire une différence entre celle-ci et celle qu’il défend. La mentalité citadine était celle de la Renaissance et des Lumières, inclus en pensée politique. Et les citadins, souvent des commerçants (en contraste avec paysans et la noblesse), ont laissé leur culture les influencer. Notamment leur nominalisme.
Ainsi, les citadins ont imposé au peuple (majoritairement) paysan les valeurs bourgeoises. Les modernes révolutionnaires, à la place de soutenir le peuple contre un Etat moderne de plus en plus centralisé, l’ont centralisé – pourquoi ? Pour sauver la libération du peuple…

 

Ca m’a toujours paru intéressant que la théorie des libéraux a toujours eu un problème avec les enfants. Si l’individu doit être indépendant, comment faire avec les enfants qui mourront s’ils sont laissées se débrouiller tout seuls ? Les enfants naissent dépendants de leurs parents. D’abord pour les besoins physiques, puis pour grandir dans l’instruction religieuse, les sacrements et l’éducation. C’est ainsi que l’on devient un homme adulte – être plus humainement développé qu’un sauvage.

Mais cet individualisme a été appliqué dans la loi de la Première République de France – le mariage était un contrat facilement soluble. Certaines formes de protestantisme aussi ont laissé plus d’espace à cette vision des choses. Cette vision que l’individu seul existe, qu’il est un individu avec des droits, et qu’il a ses croyances. Les droits et croyances d’un groupe tant que tel ne pourront pas primer – et si c’est le cas, comment une personne pourra même s’imaginer un être commun de deux personnes.

Les droits de l’homme ont ainsi détruit le mariage – car chaque couple était maintenant une micro-société basée sur le consentement et les droits de l’individu. La division n’était pas entre organique et non-organique, mais entre l’individu et le groupe, ce-dernier considéré comme mois essentiel.

Ainsi, si tout se base sur le consentement, on a le droit de quitter la société avec qui on a « signé un contrat » en ne plus payant des impôts, et c’est pareil avec le mariage. Louis de Bonald s’exprime très bien sur cette absurdité :

[P]ermettre aux époux de se quitter lorsque, livrés, par l’espoir même du divorce, à l’inconstance de leurs goûts et à la violence de leurs penchants, ils ont formé ailleurs des amours adultères ; dissoudre leur union, parce qu’ils ne veulent pas commander à leur humeur, ou parce que la loi ne veut pas veiller sur leur conduite ; leur permettre de rompre le lien, lorsqu’ils l’ont relâché par une absence volontaire : c’est affaiblir la volonté, c’est dépraver les actions, c’est dérégler l’homme (et il ne faut pas plus de lois pour dérégler que de plan pour détruire) ; c’est placer la famille et l’État dans une situation fausse et contre nature, puisqu’il faut que la famille oppose la force de ses mœurs à la faiblesse de la loi, au lieu de trouver dans la force de la loi un appui contre la faiblesse de ses mœurs. Mais là où la loi est faible, la règle des mœurs est faussée, et il n’y a plus de remède à leur corruption inévitable ; et là où la loi est forte, l’autorité publique a une règle fixe, immuable, sur laquelle elle peut toujours maintenir les mœurs ou les redresser.

 

Le féminisme et le lobby pro-gay veulent prendre un pas plus loin dans la même direction, et ce n’est pas eux qui ont pris cette direction – ce sont les modernes et les Lumières. On ne peut pas argumenter en défense du mariage moderne et contractuel contre le mariage homosexuel. Les bases traditionnelles du mariage sont en-dehors d’un simple contrat entre deux individus concernant leur propriété commune, et c’est ce mariage-là que nous pouvons (et devons) défendre !

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